Quelle batterie pour panneau solaire ? Le guide de dimensionnement

Quelle batterie pour panneau solaire ? Le guide de dimensionnement
Une batterie résidentielle murale : 5 à 15 kWh dans un boîtier de la taille d'un radiateur, à intercaler entre vos panneaux et votre tableau électrique. Photo : Kenneth Lund / Wikimedia Commons — CC BY 2.0

En bref

Le verdict tout de suite

On ne dimensionne pas une batterie sur ce que produisent vos panneaux, mais sur ce que vous consommez quand le soleil est couché. Retenez l’ordre de grandeur : environ 1 kWh utile par kWc installé, plafonné par votre consommation entre 18 h et 8 h. Soit 3 à 5 kWh pour 3 kWc, 5 à 8 kWh pour 6 kWc, 8 à 12 kWh pour 9 kWc (le tableau complet est plus bas). Côté chimie, le LiFePO4 a gagné : 6 000 à 7 500 cycles à 90-100 % de décharge, contre 500 à 900 cycles à 50 % pour le plomb. Et côté portefeuille, soyons clairs : une batterie posée par un pro s’amortit souvent au-delà de 20 ans, alors qu’un module rack ajouté soi-même sur un onduleur hybride existant passe sous les 10 ans. Le calcul complet est ici.

Ce que la batterie fait vraiment (et ce qu’elle ne fait pas)

Une batterie solaire ne produit rien. Elle déplace des kWh dans le temps : ceux que vos panneaux fabriquent à 14 h et que personne n’utilise, elle les garde pour 20 h, quand vous allumez les plaques.

Dit comme ça, ça n’a pas l’air énorme. En 2026, ça l’est devenu : le tarif de rachat du surplus s’est effondré. Depuis l’arrêté tarifaire S21 du 4 juin 2026, une installation de 9 kWc ou moins revend son surplus 1,1 centime le kWh, contre 4 centimes auparavant, et la prime à l’autoconsommation a purement disparu (grille EDF OA 2026, détail de l’arrêté). En face, le kWh acheté à EDF coûte 0,1940 € en option Base au tarif Bleu (relevé de février 2026).

Faites le rapport : un kWh consommé chez vous vaut aujourd’hui 18 fois un kWh revendu. C’est tout l’intérêt du stockage, et c’est nouveau.

Ce que la batterie ne fait pas, en revanche :

  • Elle ne vous rend pas autonome. Un foyer moyen consomme environ 4 250 kWh par an (moyenne Enedis). En décembre, vos panneaux produisent 4 à 5 fois moins qu’en juin : aucune batterie domestique ne comble ce trou-là.
  • Elle ne vous protège pas des coupures par défaut. Il faut une fonction backup explicite et un câblage dédié sur le tableau. Beaucoup de modèles se coupent en même temps que le réseau.
  • Elle n’améliore pas votre production. Le rendement aller-retour d’une bonne LiFePO4 tourne autour de 95 % : sur 100 kWh que vous y faites transiter, il en ressort 95.

La règle du soir : on dimensionne sur ce qu’on consomme, pas sur ce qu’on produit

L’erreur classique, celle que je retrouve dans à peu près tous les devis un peu enthousiastes : dimensionner la batterie sur la production journalière d’été. 6 kWc en juin, c’est 30 à 36 kWh dans la journée, donc on vous propose 15 kWh de stockage. Deux problèmes se superposent alors.

Problème n° 1 : vous ne consommez pas ça le soir. Le pic de consommation français se situe entre 18 h et 21 h (données RTE éCO2mix), et un foyer y engloutit 4 à 8 kWh, pas 15. La batterie se remplit, ne se vide qu’à moitié, et le lendemain matin elle ne peut plus rien absorber. Vous avez payé de la capacité qui dort.

Problème n° 2 : l’hiver. En décembre, un kWc bien orienté produit 1,5 à 2 kWh par jour (base PVGIS de la Commission européenne). Sur 6 kWc, cela fait 9 à 12 kWh, dont une bonne moitié part directement dans la maison. Le surplus disponible tombe à 4 ou 5 kWh : une batterie de 15 kWh ne verra jamais sa pleine charge de novembre à février.

La bonne façon de faire tient en deux nombres, et on garde le plus petit des deux :

  1. Votre consommation entre 18 h et 8 h, en kWh par jour. Un compteur Linky vous la donne ; sinon, divisez votre conso annuelle par 365 et prenez-en 50 à 60 %.
  2. Le surplus disponible en mi-saison (mars ou octobre), pas en juin — c’est lui qui remplit la batterie la majeure partie de l’année.

Le piège de la capacité nominale : la DoD change tout

Une batterie annoncée « 5 kWh » ne restitue pas 5 kWh. La profondeur de décharge admissible (DoD, depth of discharge) fixe la part réellement exploitable sans détruire les cellules. Sur du plomb AGM ou GEL, c’est 50 % maximum : votre « 5 kWh » en donne 2,5. Sur du LiFePO4, c’est 90 à 100 % : la Pylontech US5000 affiche 4,8 kWh nominaux pour 4,56 kWh utiles. Comparez toujours les kWh utiles, jamais les nominaux. Et si un vendeur ne sait pas vous donner la DoD de son produit, c’est déjà une réponse.

Le tableau de dimensionnement : de 1 à 9 kWc

Voici le tableau que je cherchais partout et que je n’ai trouvé nulle part sous cette forme : il croise la puissance installée, le profil de foyer qui la justifie, et la consommation nocturne correspondante. Consommations annuelles d’après les moyennes Enedis par type de logement ; part 18 h → 8 h retenue à 50-60 % du total quotidien.

Panneaux installésFoyer type correspondantConso annuelleConso 18 h → 8 h (par jour)Capacité utile cohérenteCapacité nominale à acheter (LFP)
1 kWc (kit balcon)Studio ou appartement, 1–2 personnes~2 000 kWh~3 kWh1 à 2,5 kWh2 à 3 kWh
3 kWcMaison, 2–3 personnes, chauffage non électrique~4 500 kWh6 à 7 kWh3 à 5 kWh4 à 5 kWh
6 kWcMaison, 4 personnes, ballon électrique ou pompe à chaleur~9 000 kWh12 à 14 kWh5 à 8 kWh6 à 10 kWh
9 kWcMaison tout électrique + voiture électrique~14 000 kWh17 à 19 kWh8 à 12 kWh10 à 15 kWh

La règle mnémotechnique qui en sort : environ 1 kWh utile par kWc installé, à condition que la puissance des panneaux soit elle-même cohérente avec la consommation du foyer. Si vous avez posé 9 kWc sur une maison qui consomme 4 500 kWh par an, ne prenez surtout pas 9 kWh de batterie : reprenez la colonne « conso du soir », c’est elle qui commande.

Astuce : la batterie ne doit couvrir que la moitié de votre soirée

Viser 100 % de couverture nocturne est le meilleur moyen de payer très cher les derniers kWh. Les premiers kWh de capacité servent tous les jours de l’année ; les derniers ne servent que quelques semaines en juin. Couvrez la moitié de votre consommation 18 h → 8 h et gardez le réseau pour le reste : c’est le meilleur rapport économies/euro investi. C’est aussi le sens de l’analyse de cycle de vie du stockage publiée par l’ADEME, qui invite explicitement à la prudence sur le surdimensionnement — le lithium et le cuivre d’une batterie ont un coût matière bien réel.

Plomb, LiFePO4, NMC : le vrai match des chimies

Trois familles se partagent le marché. Voici leurs chiffres, et surtout la seule colonne qui compte à la fin : le coût du kWh stocké, obtenu par prix ÷ (capacité utile × nombre de cycles).

ChimieDoD admissibleCycles annoncésRendement aller-retourPrix matériel (€/kWh nominal)Coût du kWh stocké
Plomb AGM50 % max600–900 (à 50 % DoD)80–85 %200–250 €0,45 à 0,85 €
Plomb GEL50 % max500–700 (à 50 % DoD)80–85 %200–500 €0,60 à 2,00 €
Li-NMC80–90 %3 000–4 00092–95 %700–1 000 €0,20 à 0,40 €
LiFePO4 (LFP)90–100 %6 000–7 500≥ 95 %230–850 €0,05 à 0,15 €

Prix : Effy et HelloWatt. Cycles et durées de vie : APB Energy et le comparatif LFP vs NMC de Captain Solar.

Le plomb est mort pour le stockage quotidien. Pas parce qu’il coûte cher à l’achat — c’est le moins cher — mais parce que la double peine DoD 50 % + faible nombre de cycles fait exploser le coût réel. Une AGM régulièrement descendue à 80 % de décharge est hors service en 18 à 24 mois. Il garde un intérêt pour un abri de jardin allumé trois fois par mois.

Le NMC (nickel-manganèse-cobalt) sort du résidentiel. Plus dense en énergie — d’où sa présence dans les voitures et les premières batteries murales — mais il tombe à 80 % de capacité au bout de 3 000 à 4 000 cycles contre 6 000 pour le LFP, et supporte beaucoup moins bien la chaleur. Détail qui n’en est pas un : le LFP ne libère pas d’oxygène en cas d’emballement thermique ; le NMC, si.

Le LiFePO4 gagne partout sauf sur la densité, ce dont on se moque quand la batterie est vissée à un mur de garage plutôt qu’embarquée dans une voiture.

Le piège des cycles annoncés : à quelle DoD ?

« 6 000 cycles » ne veut rien dire tout seul. La Pylontech US5000 annonce 6 000 cycles à 80 % de DoD : chaque cycle vaut donc 3,84 kWh et non 4,8. D’autres fabricants comptent leurs cycles à 100 % de DoD, ou ne le précisent pas du tout — et là, le calcul du coût du kWh stocké devient impossible. Exigez le couple cycles + DoD, et le seuil de capacité résiduelle en fin de garantie : 60 % chez Enphase, 80 % chez Sunology. Ce n’est pas du tout la même promesse.

Le coût du kWh stocké : la métrique qui tranche

Appliquons la formule aux modèles réellement vendus en France cet été. Le calcul porte sur le matériel seul, pose et onduleur exclus.

ModèleCapacitéChimieDoDCyclesGarantiePrix constaté€ du kWh stocké
Pylontech US50004,8 kWh (4,56 utiles)LFP90–95 %6 000 à 80 %10 ans1 089 € TTC~0,05 €
Sunology STOREY 🇫🇷2,2 kWh (ext. 8,8)LFPn.c.7 50015 ans (80 %)1 390 € (+1 190 €/module)~0,08 €
Enphase IQ Battery 5P5 kWh (ext. 10)LFP100 %6 00015 ans (60 %)dès 4 100 €~0,14 €
Huawei LUNA2000-S15 à 21 kWhLFP100 %non publié15 ansdès 5 000 € (6,9 kWh)non calculable
EcoFlow PowerOcean5 à 45 kWhLFP100 %non publié15 anssur devisnon calculable
BYD Battery-Box Premium HVS5,1 à 12,8 kWh utilesLFP sans cobaltn.c.non publién.c.sur devisnon calculable
Zendure AB2000L / AB3000L1,92 / 2,88 kWhLFPn.c.6 00010 ansselon pack SolarFlow

Les trois lignes non calculable ne sont pas un oubli de ma part : ces fabricants ne publient pas leur nombre de cycles. Huawei, EcoFlow et BYD communiquent sur la garantie en années, jamais sur les cycles. Vous achetez donc un engagement calendaire, pas une quantité d’énergie, et la seule métrique opposable reste le contrat de garantie — à lire ligne à ligne.

Notez aussi le grand écart : 0,05 € chez Pylontech contre 0,14 € chez Enphase, pour la même chimie et un nombre de cycles identique. On ne paie évidemment pas la même chose : le rack Pylontech est un module nu à intégrer dans une baie 19 pouces avec un onduleur hybride compatible, l’Enphase est un système complet avec ses six micro-onduleurs, son mode backup et son écosystème. C’est le prix de l’intégration, parfaitement légitime — encore faut-il savoir qu’on le paie.

Alors, rentable ou pas ? Le calcul honnête

Prenons un cas concret et déroulons-le jusqu’au bout, sans arrondir dans le bon sens.

Le foyer : maison, 4 personnes, 9 000 kWh par an, 6 kWc de panneaux qui produisent 7 200 kWh par an. Sans batterie, l’autoconsommation tourne autour de 40 à 55 % selon les habitudes (simulations HelloWatt : 55 % à Grenoble, 54 % à Strasbourg avant batterie).

La batterie : 5 kWh utiles en LiFePO4, posée par un professionnel. Comptez 800 à 1 200 € du kWh installé, TVA, onduleur hybride et pose comprises, soit 4 000 à 6 000 €.

Combien de kWh déplace-t-elle par an ? Elle ne fait un cycle complet que les jours où il y a à la fois du surplus l’après-midi et de la demande le soir : environ 250 jours par an, à une profondeur moyenne de 60 à 80 %. Appelons ça 1 000 kWh déplacés par an. Les simulations HelloWatt convergent (+9 à +11 points d’autoconsommation avec 5 à 7 kWh, soit 800 à 1 100 kWh ici).

Ce que rapporte un kWh déplacé : le prix d’achat évité moins la revente perdue, soit 0,1940 − 0,011 = 0,183 €.

Le gain annuel : 1 000 × 0,183 = 183 €. Moins les 5 % perdus au rendement aller-retour, il reste 175 € par an.

L’amortissement : 4 000 / 175 = 23 ans dans le meilleur cas, 6 000 / 175 = 34 ans dans le pire. Pour une garantie de 15 ans.

Le piège qui coûte cher : la batterie clé en main ne s'amortit pas

Formulé autrement : le kWh stocké avec une batterie posée par un pro vous revient à environ 0,27 € (4 000 € étalés sur les 15 000 kWh qu’elle déplacera pendant ses 15 ans de garantie) — soit 40 % plus cher que le kWh du réseau à 0,1940 €. Aucun commercial ne vous présentera le chiffre sous cet angle. Il faut le connaître avant de signer, pas après.

Le même calcul avec un module rack de 4,8 kWh à 1 089 €, ajouté sur un onduleur hybride déjà en place et raccordé par vos soins : 1 089 / 10 000 kWh ≈ 0,11 € sur les 10 ans de garantie, et un amortissement autour de 6 ans. Ce n’est plus la même conversation. (Le 0,05 € du tableau précédent, lui, mesure le coût sur la totalité des 6 000 cycles — soit 24 ans au rythme domestique. C’est le potentiel du matériel, pas ce que vous constaterez sur la durée de garantie.)

Ce qui fait basculer le calcul dans le bon sens : un onduleur hybride déjà présent (voir la section hybride de mon guide onduleur), une pose que vous assumez en basse tension 48 V, un tarif d’électricité qui grimpe plus vite que l’inflation, et une consommation nocturne élevée — typiquement une voiture rechargée le soir ou un ballon d’eau chaude piloté.

Quand il faut s’abstenir (et quand il faut y aller quand même)

Abstenez-vous si :

  • Votre installation date d’avant juin 2026 et bénéficie encore du tarif de rachat à 4 c€ plus la prime à l’autoconsommation. Votre surplus vaut quatre fois plus cher que celui d’un nouvel entrant : l’intérêt du stockage est mécaniquement divisé.
  • Vous êtes chez vous en journée. Télétravail, retraite, enfants à la maison : votre autoconsommation frôle déjà les 60-70 % sans rien faire. La batterie n’a plus grand-chose à récupérer.
  • Vous n’avez pas encore posé vos panneaux. Mettez l’argent dans des kWc supplémentaires avant de le mettre dans des kWh de stockage — le rendement par euro investi n’a rien à voir.
  • Votre budget est serré. Un ballon d’eau chaude piloté sur le surplus coûte 300 à 600 € et déplace autant de kWh qu’une batterie de 5 kWh. Meilleur rapport qualité-prix du stockage domestique, et personne n’en parle parce que ça ne ressemble pas à un objet futuriste.

Allez-y quand même si :

  • Vous subissez des coupures régulières. En zone rurale, une fonction backup qui tient le frigo, la box et l’éclairage quelques heures a une valeur d’usage qui ne se met pas en tableur.
  • Vous rechargez une voiture électrique le soir. Vous avez la consommation nocturne qui justifie la capacité, et le calcul se rapproche des 15 ans.
  • Vous montez en autonomie sur un site isolé. Là, il n’y a pas d’alternative : c’est batterie ou groupe électrogène. Le duo classique reste un rack LiFePO4 (Pylontech, BYD) piloté par un onduleur-chargeur Victron.
  • Vous acceptez de payer pour l’indépendance, pas pour le retour sur investissement. Choix parfaitement légitime, à condition de se le dire clairement en signant.

Les modèles vendus en France en 2026

Les chiffres sont dans le tableau ci-dessus. Voici ce qu’il ne dit pas : à quoi chaque modèle vous engage.

Pylontech US5000 — format rack 4U en 48 V, empilable jusqu’à 16 modules, dialogue en CAN ou RS485 avec la plupart des onduleurs hybrides du marché. Aucun verrouillage de marque, et le meilleur coût du kWh stocké de tout ce comparatif. En contrepartie : c’est un module nu, l’intégration et le câblage sont pour vous.

BYD Battery-Box Premium HVS — LFP sans cobalt, empilable par modules de 2,56 kWh jusqu’à 38,4 kWh en parallèle. Haute tension (102,4 V), donc à réserver aux onduleurs hybrides haute tension. Cycles non publiés.

FAQ

Pour aller plus loin


Article mis à jour le 28 juillet 2026 — prix et données vérifiés à cette date.