Batterie solaire portable : le comparatif
En bref
Le verdict tout de suite
Le rayon « batterie solaire portable » mélange deux objets qui n’ont rien à voir. D’un côté les powerbanks à panneau intégré : le panneau est un gadget, il faut trois à quatre semaines de plein soleil pour remplir la batterie, je fais le calcul plus bas. De l’autre les stations électriques portables (EcoFlow RIVER 3, Bluetti EB3A, Jackery Explorer 240 v2, Anker SOLIX C300), qui stockent 245 à 288 Wh de LiFePO4, sortent du 230 V et se rechargent avec un vrai panneau séparé. Et au milieu, LE chiffre que personne ne vous donne : une powerbank « 30 000 mAh », c’est 111 Wh de cellules dont 60 à 70 % ressortent de la prise USB. La formule est ici. Mon conseil court : une Jackery Explorer 240 v2 à 175 € si vous voulez du vrai, une BigBlue SolarPowa 28 à 60 € si vous voulez du solaire nomade qui recharge vraiment.
mAh contre Wh : le grand mensonge du rayon
Vous êtes devant la fiche produit. « 30 000 mAh ». À côté, une autre à « 26 800 mAh », une troisième à « 20 000 mAh ». On croit comparer, on ne compare rien du tout.
Un mAh (milliampère-heure), c’est une quantité de charge, pas une quantité d’énergie. Pour parler d’énergie, il faut la multiplier par une tension. La formule tient sur une ligne :
Wh = mAh × tension ÷ 1000
Les cellules lithium d’une powerbank tournent à 3,7 V nominal. Donc votre « 30 000 mAh » vaut :
30 000 × 3,7 ÷ 1000 = 111 Wh
Voilà le vrai chiffre. Maintenant, la deuxième couche du mensonge. Ces 111 Wh sont stockés à 3,7 V, mais votre port USB sort du 5 V. L’énergie ne se crée pas : 111 Wh à 5 V, ça fait 111 ÷ 5 = 22,2 Ah, soit 22 200 mAh. On vient de perdre 26 % du chiffre affiché juste en changeant de tension, sans qu’un seul électron se soit égaré.
Ensuite arrive la physique sale : le convertisseur qui remonte 3,7 V en 5 V tourne à 85–90 % de rendement, le boîtier chauffe, le câble a une résistance, l’électronique interne consomme, et le téléphone lui-même perd un peu à la charge. Résultat mesuré par la presse spécialisée : une powerbank de 10 000 mAh restitue en pratique 6 500 à 7 500 mAh.
Traduction pour notre exemple : 30 000 mAh annoncés → environ 19 000 à 21 000 mAh réellement livrés, soit 60 à 70 %. Ce n’est pas de l’arnaque au sens juridique — le fabricant annonce bien la capacité de ses cellules — mais c’est une unité choisie pour flatter, et personne ne prend la peine de faire la conversion à votre place.
Le piège des mAh : pourquoi 30 000 mAh ne font pas 30 000 mAh
Retenez deux réflexes. Un : cherchez toujours la valeur en Wh sur la fiche (elle y est presque toujours, en tout petit, parce que la réglementation transport l’exige) — sinon, divisez les mAh par 270 pour l’obtenir de tête. Deux : comptez 65 % du chiffre affiché comme capacité réellement utilisable en USB. Une batterie « 20 000 mAh » vous donnera environ 13 000 mAh dans le téléphone. Si un vendeur vous jure le contraire, il ne connaît pas son produit.
Ce petit calcul a une conséquence très concrète à l’aéroport. Les règles IATA autorisent librement en cabine les batteries de moins de 100 Wh, imposent l’accord préalable de la compagnie entre 100 et 160 Wh, et interdisent tout au-delà de 160 Wh — la soute étant proscrite dans tous les cas. Notre powerbank « 30 000 mAh » pèse 111 Wh : elle est au-dessus du seuil. Une « 26 800 mAh » fait 99 Wh et passe tout juste. Vous comprenez soudain pourquoi tant de modèles s’arrêtent pile à 26 800 mAh.
Le panneau intégré, ce gadget qu’on vous vend cher
Prenons la petite cellule photovoltaïque collée au dos de la powerbank. Elle fait, à la louche, la taille d’une carte bancaire : environ 50 cm², soit 0,005 m².
En plein soleil, on reçoit à peu près 1 000 W par mètre carré. Avec un rendement de cellule optimiste de 20 %, cette surface produit :
0,005 × 1 000 × 0,20 = 1 W. Un watt.
Pour remplir 111 Wh à 1 W, il faut 111 heures de soleil direct et perpendiculaire. Comme une journée d’été donne au mieux 6 bonnes heures d’ensoleillement exploitable, et que votre powerbank sera posée à plat sur un rocher, à un angle quelconque, poussiéreuse et chaude (une cellule chaude produit moins) : comptez plutôt 0,3 à 0,5 W réels, donc trois à quatre semaines de beau temps pour une charge complète.
Ce n’est pas une extrapolation de comptoir : le test du Blavor PN-W05 par Mon Générateur Solaire conclut qu’une journée entière d’exposition optimale ne suffit pas à terminer une charge, certains utilisateurs ne dépassant pas deux barres après quatre jours. Et Clubic donne environ 24 heures de lumière pour recharger complètement une Hiluckey T11W — qui a pourtant quatre panneaux dépliables, donc quatre à cinq fois la surface d’un modèle mono-panneau.
Le piège du panneau intégré : 1 W contre 28 W
Le panneau collé sur une powerbank produit environ 1 W. Un vrai panneau pliable de randonnée comme la BigBlue SolarPowa 28 produit 28 W annoncés, pour 680 g et 59,99 €. C’est un rapport de 1 à 28. Là où le gadget met un mois, le panneau séparé remplit la même batterie en une journée de marche, sac au dos. Si votre besoin est « recharger au soleil », achetez un panneau, pas une powerbank qui en porte un dessin.
Alors, à quoi sert-il vraiment, ce panneau intégré ? À une seule chose : le secours absolu. Vous êtes en rando, la batterie est à zéro depuis deux jours, et vous voulez gratter les 5 % nécessaires pour envoyer un SMS. Là, oui, il gagne son existence. Pour tout le reste, considérez que c’est un argument de packaging — et refusez de payer un supplément pour ça.
Deux familles à ne surtout pas confondre
Ce que c’est : une batterie lithium-polymère de 10 000 à 27 000 mAh (37 à 100 Wh) dans une coque plastique renforcée, avec des ports USB, souvent une lampe torche, un mousqueton, une certification IPX4/IPX5, et un ou plusieurs panneaux photovoltaïques intégrés.
Ce que ça recharge : téléphone, montre connectée, écouteurs, lampe frontale, GPS de rando, batterie d’appareil photo. Point.
Ce que ça ne recharge pas : un ordinateur portable de façon confortable (une charge et c’est vide), et absolument rien en 230 V — il n’y a pas de prise.
Le vrai argument : le poids (250 à 600 g) et le prix (25 à 50 €). Pour un week-end de bivouac à deux téléphones, c’est le bon outil.
Le point commun entre les deux familles, c’est le mot « solaire » sur la boîte. Le point de divergence, c’est d’où vient le soleil : intégré et symbolique d’un côté, séparé et dimensionné de l’autre. Si votre projet est un van ou un camping-car, allez voir directement mon dossier sur le solaire nomade en van et camping-car — l’approche y est différente, avec panneau fixe sur le toit et batterie de service.
Li-ion contre LiFePO4 : la vraie différence de durée de vie
C’est le critère que les fiches produit mettent en avant depuis deux ans, et pour une fois elles ont raison.
Le lithium fer phosphate (LiFePO4, ou LFP) tient 2 500 à 9 000 cycles de charge/décharge. Le lithium-ion classique au cobalt (NMC), celui des powerbanks, tourne plutôt entre 1 000 et 2 300 cycles en laboratoire — et bien moins dans une coque plastique qui passe l’été dans un coffre de voiture, parce que la chaleur est l’ennemie numéro un des cellules cobalt.
Concrètement, sur une station électrique : EcoFlow annonce 3 000 cycles à 80 % de capacité restante pour la RIVER 3, Bluetti 2 500+ pour l’EB3A, Jackery 3 000 pour l’Explorer 240 v2, Anker environ 3 650 pour le SOLIX C300. À une charge complète tous les deux jours, on parle de quinze ans avant de perdre 20 % de capacité.
Maintenant, regardez une fiche de powerbank solaire. Cherchez le nombre de cycles. Vous ne le trouverez pas — c’est déjà une réponse.
Astuce : le LiFePO4 est plus lourd, et c'est normal
Le revers de la médaille : le LFP plafonne à 95–172 Wh/kg quand les meilleures cellules NMC dépassent 300 Wh/kg. À capacité égale, une batterie LiFePO4 pèse donc grosso modo deux fois plus lourd. C’est exactement pour ça que les powerbanks de poche restent en lithium-ion (on veut 250 g dans une veste) et que les stations portables sont toutes passées au LFP (on accepte 4 kg pour dix ans de service). Ce n’est pas un choix marketing, c’est un arbitrage physique.
Le comparatif
| Modèle | Famille | Capacité réelle | Équiv. mAh à 3,7 V | Chimie / cycles | Sortie | Poids | Prix relevé (juillet 2026) |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Blavor PN-W05 | Powerbank à panneau intégré | 37 Wh (10 000 mAh) | 10 000 mAh | Li-polymère · n.c. | USB-A ×2, USB-C 18 W, Qi | 264 g | 30–35 € |
| Hiluckey T11W | Powerbank 4 panneaux | ~99 Wh (26 800 mAh) | 26 800 mAh | Li-ion · n.c. | USB-A ×2, USB-C | n.c. | n.c. |
| BigBlue SolarPowa 28 | Panneau pliable seul | pas de batterie | — | — | USB-A + USB-C ×2, 28 W | 680 g | 59,99 € |
| Jackery Explorer 240 v2 | Station portable | 256 Wh | ≈ 69 200 mAh | LiFePO4 · 3 000 cycles | 230 V 300 W, USB-C 100 W | 3,6 kg | dès 175 € |
| EcoFlow RIVER 3 | Station portable | 245 Wh | ≈ 66 200 mAh | LiFePO4 · 3 000 cycles | 230 V 300 W (X-Boost 600 W) | ~3,5 kg | 259 € |
| Bluetti EB3A | Station portable | 268 Wh | ≈ 72 400 mAh | LiFePO4 · 2 500+ cycles | 230 V 600 W (1 200 W pointe) | 4,6 kg | ~269 € |
| Anker SOLIX C300 DC | Station portable (sans 230 V) | 288 Wh | ≈ 77 800 mAh | LiFePO4 · ~3 650 cycles | USB-C 140 W ×2, pas de prise secteur | 3,9 kg | ~289 € |
Ce qui saute aux yeux quand on aligne les deux familles sur la même colonne : la meilleure powerbank solaire du tableau (99 Wh) contient moins de la moitié de l’énergie de la plus petite station (245 Wh), pour un rapport de prix de 1 à 4. Et la station, elle, se recharge à 100 W de solaire réel, pas à 1 W.
Ça recharge quoi, concrètement
Le tableau que j’aurais voulu trouver avant d’acheter ma première batterie. Tout est ramené en Wh, seule unité qui permet de comparer un téléphone et un frigo.
Les consommations par charge intègrent les pertes de charge de l’appareil récepteur (environ 20 %). Pour les batteries, je compte 65 % du nominal en USB et environ 85 % en 230 V — des ordres de grandeur classiques, à confirmer par mes mesures.
| Appareil | Énergie par charge / par jour | Hiluckey T11W (99 Wh → ~64 Wh utiles) | Jackery Explorer 240 v2 (256 Wh → ~215 Wh utiles) |
|---|---|---|---|
| Smartphone (4 500 mAh) | ~21 Wh | 3 charges | 10 charges |
| Batterie de drone type Mini | ~23 Wh | 2 à 3 batteries | 9 batteries |
| Ordinateur portable 13” | ~60 Wh | 1 charge, et c’est fini | 3 charges |
| Frigo de van à compresseur (40 L, été) | ~250 Wh / 24 h | ❌ impossible | ~20 h de fonctionnement |
| CPAP sans humidificateur | ~200 Wh / nuit de 8 h | ❌ impossible | 1 nuit |
| Lampe frontale / GPS de rando | ~5 Wh | 12 charges | 40 charges |
Le piège du CPAP : l'humidificateur double tout
Si vous cherchez une batterie pour un appareil d’apnée du sommeil, coupez l’humidificateur chauffant et le tuyau chauffant en autonomie : ils peuvent doubler voire tripler la consommation de la nuit. Vérifiez aussi si votre modèle accepte une alimentation 12 V en direct — passer par la prise 230 V de la station vous fait payer le rendement de l’onduleur en pure perte. Et demandez confirmation à votre prestataire médical avant de partir : c’est un dispositif de santé, pas un gadget de camping.
Comment je choisirais, selon votre usage
- Rando, bivouac, festival, 2-3 jours, un téléphone : une powerbank 26 800 mAh (99 Wh) — capacité maximale qui passe encore en cabine d’avion. Le panneau intégré, considérez-le comme un porte-clés décoratif.
- Trek de plusieurs jours loin d’une prise : powerbank sans panneau intégré (moins chère à capacité égale) plus un panneau pliable séparé type BigBlue SolarPowa 28 à 59,99 €. C’est la seule combinaison qui recharge réellement au soleil.
- Van, fourgon, bateau, télétravail dehors : station Jackery Explorer 240 v2 à partir de 175 €, le meilleur rapport Wh/€ du comparatif, LiFePO4 3 000 cycles et 3,6 kg.
- Besoin de puissance (bouilloire, outil, cafetière) : Bluetti EB3A et ses 600 W continus / 1 200 W en pointe. Les 300 W des autres se font vite déborder.
- Recharge express entre deux étapes : EcoFlow RIVER 3, 0 à 100 % en une heure sur secteur.
- Zéro prise 230 V dans votre vie, que de l’USB-C : Anker SOLIX C300 DC. Pas d’onduleur, donc pas de pertes de conversion, du silence absolu et 288 Wh — mais impossible de brancher quoi que ce soit sur une prise classique. Lisez bien la référence avant de commander.
- Coupure de courant à la maison : ce n’est pas le bon rayon. Regardez plutôt le stockage pour panneau solaire, où les capacités se comptent en kWh.
FAQ
Pour aller plus loin
- 📘 Ma méthodologie de test — comment je compte mesurer le Wh réellement restitué (charge électronique, wattmètre USB-C PD, décharge à courant constant).
- 🗃️ Mes sources officielles — fiches constructeurs, règles IATA, tests tiers.
- 🔋 Toute la série batterie solaire — le sommaire du dossier.
- ⚡ Batterie pour panneau solaire : dimensionnement — quand on passe du Wh au kWh, à la maison.
- 🚐 Le solaire nomade en van et camping-car — panneau sur le toit, batterie de service, gestion de l’autonomie.
Article mis à jour le 23 juillet 2026 — prix et données vérifiés à cette date.