Batterie solaire portable : le comparatif

Batterie solaire portable : le comparatif
Une station électrique portable Anker SOLIX C300X : 288 Wh de LiFePO4 dans une boîte de 4 kg — l'autre famille, celle qui recharge autre chose qu'un téléphone. Photo : TaurusEmerald / Wikimedia Commons — CC BY-SA 4.0

En bref

Le verdict tout de suite

Le rayon « batterie solaire portable » mélange deux objets qui n’ont rien à voir. D’un côté les powerbanks à panneau intégré : le panneau est un gadget, il faut trois à quatre semaines de plein soleil pour remplir la batterie, je fais le calcul plus bas. De l’autre les stations électriques portables (EcoFlow RIVER 3, Bluetti EB3A, Jackery Explorer 240 v2, Anker SOLIX C300), qui stockent 245 à 288 Wh de LiFePO4, sortent du 230 V et se rechargent avec un vrai panneau séparé. Et au milieu, LE chiffre que personne ne vous donne : une powerbank « 30 000 mAh », c’est 111 Wh de cellules dont 60 à 70 % ressortent de la prise USB. La formule est ici. Mon conseil court : une Jackery Explorer 240 v2 à 175 € si vous voulez du vrai, une BigBlue SolarPowa 28 à 60 € si vous voulez du solaire nomade qui recharge vraiment.

mAh contre Wh : le grand mensonge du rayon

Vous êtes devant la fiche produit. « 30 000 mAh ». À côté, une autre à « 26 800 mAh », une troisième à « 20 000 mAh ». On croit comparer, on ne compare rien du tout.

Un mAh (milliampère-heure), c’est une quantité de charge, pas une quantité d’énergie. Pour parler d’énergie, il faut la multiplier par une tension. La formule tient sur une ligne :

Wh = mAh × tension ÷ 1000

Les cellules lithium d’une powerbank tournent à 3,7 V nominal. Donc votre « 30 000 mAh » vaut :

30 000 × 3,7 ÷ 1000 = 111 Wh

Voilà le vrai chiffre. Maintenant, la deuxième couche du mensonge. Ces 111 Wh sont stockés à 3,7 V, mais votre port USB sort du 5 V. L’énergie ne se crée pas : 111 Wh à 5 V, ça fait 111 ÷ 5 = 22,2 Ah, soit 22 200 mAh. On vient de perdre 26 % du chiffre affiché juste en changeant de tension, sans qu’un seul électron se soit égaré.

Ensuite arrive la physique sale : le convertisseur qui remonte 3,7 V en 5 V tourne à 85–90 % de rendement, le boîtier chauffe, le câble a une résistance, l’électronique interne consomme, et le téléphone lui-même perd un peu à la charge. Résultat mesuré par la presse spécialisée : une powerbank de 10 000 mAh restitue en pratique 6 500 à 7 500 mAh.

Traduction pour notre exemple : 30 000 mAh annoncés → environ 19 000 à 21 000 mAh réellement livrés, soit 60 à 70 %. Ce n’est pas de l’arnaque au sens juridique — le fabricant annonce bien la capacité de ses cellules — mais c’est une unité choisie pour flatter, et personne ne prend la peine de faire la conversion à votre place.

Le piège des mAh : pourquoi 30 000 mAh ne font pas 30 000 mAh

Retenez deux réflexes. Un : cherchez toujours la valeur en Wh sur la fiche (elle y est presque toujours, en tout petit, parce que la réglementation transport l’exige) — sinon, divisez les mAh par 270 pour l’obtenir de tête. Deux : comptez 65 % du chiffre affiché comme capacité réellement utilisable en USB. Une batterie « 20 000 mAh » vous donnera environ 13 000 mAh dans le téléphone. Si un vendeur vous jure le contraire, il ne connaît pas son produit.

Ce petit calcul a une conséquence très concrète à l’aéroport. Les règles IATA autorisent librement en cabine les batteries de moins de 100 Wh, imposent l’accord préalable de la compagnie entre 100 et 160 Wh, et interdisent tout au-delà de 160 Wh — la soute étant proscrite dans tous les cas. Notre powerbank « 30 000 mAh » pèse 111 Wh : elle est au-dessus du seuil. Une « 26 800 mAh » fait 99 Wh et passe tout juste. Vous comprenez soudain pourquoi tant de modèles s’arrêtent pile à 26 800 mAh.

Le panneau intégré, ce gadget qu’on vous vend cher

Prenons la petite cellule photovoltaïque collée au dos de la powerbank. Elle fait, à la louche, la taille d’une carte bancaire : environ 50 cm², soit 0,005 m².

En plein soleil, on reçoit à peu près 1 000 W par mètre carré. Avec un rendement de cellule optimiste de 20 %, cette surface produit :

0,005 × 1 000 × 0,20 = 1 W. Un watt.

Pour remplir 111 Wh à 1 W, il faut 111 heures de soleil direct et perpendiculaire. Comme une journée d’été donne au mieux 6 bonnes heures d’ensoleillement exploitable, et que votre powerbank sera posée à plat sur un rocher, à un angle quelconque, poussiéreuse et chaude (une cellule chaude produit moins) : comptez plutôt 0,3 à 0,5 W réels, donc trois à quatre semaines de beau temps pour une charge complète.

Ce n’est pas une extrapolation de comptoir : le test du Blavor PN-W05 par Mon Générateur Solaire conclut qu’une journée entière d’exposition optimale ne suffit pas à terminer une charge, certains utilisateurs ne dépassant pas deux barres après quatre jours. Et Clubic donne environ 24 heures de lumière pour recharger complètement une Hiluckey T11W — qui a pourtant quatre panneaux dépliables, donc quatre à cinq fois la surface d’un modèle mono-panneau.

Le piège du panneau intégré : 1 W contre 28 W

Le panneau collé sur une powerbank produit environ 1 W. Un vrai panneau pliable de randonnée comme la BigBlue SolarPowa 28 produit 28 W annoncés, pour 680 g et 59,99 €. C’est un rapport de 1 à 28. Là où le gadget met un mois, le panneau séparé remplit la même batterie en une journée de marche, sac au dos. Si votre besoin est « recharger au soleil », achetez un panneau, pas une powerbank qui en porte un dessin.

Alors, à quoi sert-il vraiment, ce panneau intégré ? À une seule chose : le secours absolu. Vous êtes en rando, la batterie est à zéro depuis deux jours, et vous voulez gratter les 5 % nécessaires pour envoyer un SMS. Là, oui, il gagne son existence. Pour tout le reste, considérez que c’est un argument de packaging — et refusez de payer un supplément pour ça.

Deux familles à ne surtout pas confondre

Ce que c’est : une batterie lithium-polymère de 10 000 à 27 000 mAh (37 à 100 Wh) dans une coque plastique renforcée, avec des ports USB, souvent une lampe torche, un mousqueton, une certification IPX4/IPX5, et un ou plusieurs panneaux photovoltaïques intégrés.

Ce que ça recharge : téléphone, montre connectée, écouteurs, lampe frontale, GPS de rando, batterie d’appareil photo. Point.

Ce que ça ne recharge pas : un ordinateur portable de façon confortable (une charge et c’est vide), et absolument rien en 230 V — il n’y a pas de prise.

Le vrai argument : le poids (250 à 600 g) et le prix (25 à 50 €). Pour un week-end de bivouac à deux téléphones, c’est le bon outil.

Le point commun entre les deux familles, c’est le mot « solaire » sur la boîte. Le point de divergence, c’est d’où vient le soleil : intégré et symbolique d’un côté, séparé et dimensionné de l’autre. Si votre projet est un van ou un camping-car, allez voir directement mon dossier sur le solaire nomade en van et camping-car — l’approche y est différente, avec panneau fixe sur le toit et batterie de service.

Li-ion contre LiFePO4 : la vraie différence de durée de vie

C’est le critère que les fiches produit mettent en avant depuis deux ans, et pour une fois elles ont raison.

Le lithium fer phosphate (LiFePO4, ou LFP) tient 2 500 à 9 000 cycles de charge/décharge. Le lithium-ion classique au cobalt (NMC), celui des powerbanks, tourne plutôt entre 1 000 et 2 300 cycles en laboratoire — et bien moins dans une coque plastique qui passe l’été dans un coffre de voiture, parce que la chaleur est l’ennemie numéro un des cellules cobalt.

Concrètement, sur une station électrique : EcoFlow annonce 3 000 cycles à 80 % de capacité restante pour la RIVER 3, Bluetti 2 500+ pour l’EB3A, Jackery 3 000 pour l’Explorer 240 v2, Anker environ 3 650 pour le SOLIX C300. À une charge complète tous les deux jours, on parle de quinze ans avant de perdre 20 % de capacité.

Maintenant, regardez une fiche de powerbank solaire. Cherchez le nombre de cycles. Vous ne le trouverez pas — c’est déjà une réponse.

Astuce : le LiFePO4 est plus lourd, et c'est normal

Le revers de la médaille : le LFP plafonne à 95–172 Wh/kg quand les meilleures cellules NMC dépassent 300 Wh/kg. À capacité égale, une batterie LiFePO4 pèse donc grosso modo deux fois plus lourd. C’est exactement pour ça que les powerbanks de poche restent en lithium-ion (on veut 250 g dans une veste) et que les stations portables sont toutes passées au LFP (on accepte 4 kg pour dix ans de service). Ce n’est pas un choix marketing, c’est un arbitrage physique.

Le comparatif

ModèleFamilleCapacité réelleÉquiv. mAh à 3,7 VChimie / cyclesSortiePoidsPrix relevé (juillet 2026)
Blavor PN-W05Powerbank à panneau intégré37 Wh (10 000 mAh)10 000 mAhLi-polymère · n.c.USB-A ×2, USB-C 18 W, Qi264 g30–35 €
Hiluckey T11WPowerbank 4 panneaux~99 Wh (26 800 mAh)26 800 mAhLi-ion · n.c.USB-A ×2, USB-Cn.c.n.c.
BigBlue SolarPowa 28Panneau pliable seulpas de batterieUSB-A + USB-C ×2, 28 W680 g59,99 €
Jackery Explorer 240 v2Station portable256 Wh≈ 69 200 mAhLiFePO4 · 3 000 cycles230 V 300 W, USB-C 100 W3,6 kgdès 175 €
EcoFlow RIVER 3Station portable245 Wh≈ 66 200 mAhLiFePO4 · 3 000 cycles230 V 300 W (X-Boost 600 W)~3,5 kg259 €
Bluetti EB3AStation portable268 Wh≈ 72 400 mAhLiFePO4 · 2 500+ cycles230 V 600 W (1 200 W pointe)4,6 kg~269 €
Anker SOLIX C300 DCStation portable (sans 230 V)288 Wh≈ 77 800 mAhLiFePO4 · ~3 650 cyclesUSB-C 140 W ×2, pas de prise secteur3,9 kg~289 €

Ce qui saute aux yeux quand on aligne les deux familles sur la même colonne : la meilleure powerbank solaire du tableau (99 Wh) contient moins de la moitié de l’énergie de la plus petite station (245 Wh), pour un rapport de prix de 1 à 4. Et la station, elle, se recharge à 100 W de solaire réel, pas à 1 W.

Ça recharge quoi, concrètement

Le tableau que j’aurais voulu trouver avant d’acheter ma première batterie. Tout est ramené en Wh, seule unité qui permet de comparer un téléphone et un frigo.

Les consommations par charge intègrent les pertes de charge de l’appareil récepteur (environ 20 %). Pour les batteries, je compte 65 % du nominal en USB et environ 85 % en 230 V — des ordres de grandeur classiques, à confirmer par mes mesures.

AppareilÉnergie par charge / par jourHiluckey T11W (99 Wh → ~64 Wh utiles)Jackery Explorer 240 v2 (256 Wh → ~215 Wh utiles)
Smartphone (4 500 mAh)~21 Wh3 charges10 charges
Batterie de drone type Mini~23 Wh2 à 3 batteries9 batteries
Ordinateur portable 13”~60 Wh1 charge, et c’est fini3 charges
Frigo de van à compresseur (40 L, été)~250 Wh / 24 h❌ impossible~20 h de fonctionnement
CPAP sans humidificateur~200 Wh / nuit de 8 h❌ impossible1 nuit
Lampe frontale / GPS de rando~5 Wh12 charges40 charges

Le piège du CPAP : l'humidificateur double tout

Si vous cherchez une batterie pour un appareil d’apnée du sommeil, coupez l’humidificateur chauffant et le tuyau chauffant en autonomie : ils peuvent doubler voire tripler la consommation de la nuit. Vérifiez aussi si votre modèle accepte une alimentation 12 V en direct — passer par la prise 230 V de la station vous fait payer le rendement de l’onduleur en pure perte. Et demandez confirmation à votre prestataire médical avant de partir : c’est un dispositif de santé, pas un gadget de camping.

Comment je choisirais, selon votre usage

  • Rando, bivouac, festival, 2-3 jours, un téléphone : une powerbank 26 800 mAh (99 Wh) — capacité maximale qui passe encore en cabine d’avion. Le panneau intégré, considérez-le comme un porte-clés décoratif.
  • Trek de plusieurs jours loin d’une prise : powerbank sans panneau intégré (moins chère à capacité égale) plus un panneau pliable séparé type BigBlue SolarPowa 28 à 59,99 €. C’est la seule combinaison qui recharge réellement au soleil.
  • Van, fourgon, bateau, télétravail dehors : station Jackery Explorer 240 v2 à partir de 175 €, le meilleur rapport Wh/€ du comparatif, LiFePO4 3 000 cycles et 3,6 kg.
  • Besoin de puissance (bouilloire, outil, cafetière) : Bluetti EB3A et ses 600 W continus / 1 200 W en pointe. Les 300 W des autres se font vite déborder.
  • Recharge express entre deux étapes : EcoFlow RIVER 3, 0 à 100 % en une heure sur secteur.
  • Zéro prise 230 V dans votre vie, que de l’USB-C : Anker SOLIX C300 DC. Pas d’onduleur, donc pas de pertes de conversion, du silence absolu et 288 Wh — mais impossible de brancher quoi que ce soit sur une prise classique. Lisez bien la référence avant de commander.
  • Coupure de courant à la maison : ce n’est pas le bon rayon. Regardez plutôt le stockage pour panneau solaire, où les capacités se comptent en kWh.

FAQ

Pour aller plus loin


Article mis à jour le 23 juillet 2026 — prix et données vérifiés à cette date.